Asphalte Café - Le blog d'Asphalte Éditions

27avr. 2010

Quelques mots sur Mudrooroo...

Vous vous êtes probablement demandé qui était cet écrivain au nom étrange qui figure à notre programme de lancement… Chat sauvage en chute libre sortant dans une semaine jour pour jour, c’est le moment idéal pour vous parler un peu de son auteur, histoire de vous mettre l’eau à la bouche. En effet, la vie de Mudrooroo, elle aussi, est un vrai roman…

mudroorooNé en 1938 dans l’état de Western Australia, sous le nom de Colin Johnson, Mudrooroo est un écrivain célèbre en Australie. C’est aussi une personnalité aux multiples facettes, parfois controversée, à l’existence mouvementée.

Il grandit à Beverley, non loin de Perth ; son enfance tumultueuse ne tarde pas à le mener en foyer d’accueil, en maison de correction, puis, une fois adolescent, à la prison de Freemantle. Décidant alors de changer de vie, il part pour Melbourne où il cherche à s’intégrer aux milieux bohèmes majoritairement blancs. Il place quelques épisodes de son passé de délinquant juvénile dans son premier roman Wildcat Falling (Chat sauvage en chute libre, donc), publié en 1965.

La décennie 1970 est placée sous le signe du voyage : notre auteur part pour l’Asie du Sud Est, Londres, l’Inde (où il reste sept ans et se convertit au bouddhisme), et enfin la Californie et le Canada.

À son retour en Australie au début des années 1980, il entre en contact avec des auteurs et militants aborigènes. C’est à cette époque qu’il écrit le roman historique Doctor Wooreddy’s Prescription for Enduring the Ending of the World, relatant l’arrivée des Blancs en Tasmanie. Il adopte en 1988 le pseudonyme de Mudrooroo, enseigne au Koori Kollej à des élèves aborigènes et fonde, avec les dramaturges aborigènes Jack Davis et Marlene Chesson, l’AWOLDA (Aboriginal Writers, Oral Literature and Dramatists’ Association). Si l’association permet l’entrée de l’écriture aborigène dans plusieurs universités australiennes, l’expérience reste décevante et l’AWOLDA éphémère.

Dans son essai Us Mob, paru en 1995, Mudrooroo résume son approche de la question aborigène sans occulter cette déception. Cela crée des remous au sein du mouvement aborigène et on demande au romancier de “prouver” ses origines, ce à quoi il répond : “Je n’ai jamais connu mon père et je doute parfois de ma mère. Alors voyez-moi comme un corniaud et oubliez les étiquettes.” Des recherches généalogiques menées par sa sœur, Betty Johnson, indiquent que Mudrooroo serait en réalité d’ascendance irlandaise et afro-américaine, mais cette controverse irrite l’auteur qui se retire alors dans le Queensland.

Sa carrière littéraire ne s’arrête pas pour autant : il publie Master of the Ghost Dreaming (Le Maître du rêve-fantôme, publié en France aux éditions de l’Aube et traduit là encore par Christian Séruzier), The Kwinkan, puis il décide finalement de quitter à nouveau l’Australie et part pour l’Inde. Il renoue avec le bouddhisme et rencontre le dalaï-lama à Dharamsala, puis s’installe définitivement au Népal, où il vit avec son épouse Sangita et son fils Saman.

Mudrooroo travaille actuellement à une autobiographie. Celle-ci, on l’imagine, ne rendra pas le personnage moins mystérieux : quelles que soient ses origines, plus éternel nomade qu’Australien, le personnage de Mudrooroo échappe à toutes les classifications…

10déc. 2009

Du récit de voyage...

 

“Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.”

Nicolas Bouvier, L’Usage du Monde


Vous connaissez désormais notre credo : littérature urbaine, contre-culture et… voyage. Et peut-être vous demandez-vous ce que nous entendons par ce troisième ingrédient. Guides de voyages ? Souvenirs de voyages, carnets, mémoires de baroudeurs ?

C’est que la littérature de voyage a une longue histoire. Au Livre des merveilles de Marco Polo ont succédé les récits d’explorateurs du Grand Siècle. À la fin du XIXe siècle, une littérature de voyage “journalistique” a émergé, puis les errances des écrivains-voyageurs du XXe siècle. Place à la littérature de voyage du XXIe siècle, à présent… mais est-il encore possible de voyager dans un village mondial qui semble se rétrécir jour après jour…

La notion même de voyage n’a cessé d’évoluer au fil des siècles, au fur et à mesure du raccourcissement des temps de transport. Partir à l’autre bout du monde était une expédition, c’est désormais l’affaire d’une journée de vol. Peut-on amputer un voyage de son trajet, qui constituait auparavant son essentiel ?

Cette forme de déplacement, presque instantané, a donné naissance à une nouvelle façon de voyager. Ce ne sont plus des trajectoires que l’on trace sur des cartes, mais des pointillés, qui dessinent parfois d’étranges motifs selon nos affinités, nos moyens aussi.

Les séjours proprement dits se raccourcissent, se diversifient ; les destinations se font urbaines. Fini, les voyages stendhaliens en Italie ; à nous Venise, Rome, Naples. On ne part plus en Angleterre, on va à Londres, à Manchester, à Exeter.

Il ne s’agit pas de déplorer ou de glorifier cette nouvelle donne, qui d’ailleurs n’a rien de généralisé - pour ma part, je chéris encore les longs trajets en train et je passe plus volontiers dix heures dans un compartiment qu’une heure et demi dans une carlingue.

Mais nos façons de voyager changeront encore, et ce dans un avenir très proche. La littérature de voyage ne disparaîtra pas pour autant, et quelque chose de passionnant va se produire avec elle, progressivement, au fil du temps.

Comment voyez-vous cette nouvelle littérature du voyage, du nomadisme ? Quelles seraient vos attentes en tant que lecteur, comment lisez-vous la littérature de voyage existante ? Mise en bouche en préparant un voyage réel, livre à emporter sur place pour une immersion à la fois physique et littéraire ? Ou bien l’opportunité de voyager dans son fauteuil, d’aller visiter des paysages et des villes où l’on n’imaginerait pas pouvoir se rendre ?