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22août 2016

Elles traduisent pour Asphalte : Audrey Coussy

Après Antonia García Gastro et Patricia Barbe-Girault, Audrey Coussy répond aux questions d'Asphalte et nous parle de son métier de traductrice ! Audrey est, chez nous, la voix de Richard Milward, Patrick McCabe et Dustin Long...

       

Pourquoi avoir choisi la traduction ? D'où vient cet amour de la langue, des langues ?

Je peux dire que c’est une histoire de famille, même si personne n’était traducteur. Je suis « tombée dans l’anglais » grâce à mon grand-père maternel : il était lui-même tombé amoureux de cette langue pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il travaillait avec les soldats américains basés à Casablanca. C’est quelque chose qu’il a tenu à transmettre à ses petits-enfants, il essayait de placer des expressions ou des phrases anglaises dès que possible et nous encourageait à nous intéresser à la culture anglaise et américaine. Tout ceci s’est fait avec, en musique de fond, les groupes de rock anglophones que mon père faisait tourner sur la platine du salon. J’ai donc grandi au contact des mots anglais et de leurs mélodies. Et l’amour de la langue anglaise s’est mélangé à mon amour de la littérature, transmis par mes parents. C’est pourquoi j’ai poussé mes études jusqu’au doctorat, pour pouvoir explorer jusqu’à plus soif ces deux passions. La traduction a été le moyen que j’ai trouvé de faire le lien entre les deux et d’avoir une pratique artistique. J’ai toujours aimé écrire, mais je n’ai pas encore trouvé l’histoire que j’aimerais raconter, alors en attendant, je raconte celles des autres, et j’apprends énormément – sur l’écriture, sur les autres, sur le rapport à l’autre et sur moi-même.

Quelle a été ta toute première traduction ? Comment l'as-tu décrochée ?

Ma première traduction a été asphaltienne ! Il s’agissait de Pommes, de Richard Milward. Claire Duvivier et moi nous connaissions déjà, et elle savait que je venais de commencer mon doctorat en traductologie et littérature anglophone. Elle connaissait également mes goûts littéraires et musicaux, notamment ma prédilection pour le rock et le folk, et elle a pensé à moi pour Pommes : Adam, l’un des deux personnages principaux, est un fanatique des Beatles et d’autres groupes qui font partie de ma discothèque personnelle. Petit point bonus : Richard et moi avons le même âge, et donc les références culturelles qu’il disséminait dans le roman m’étaient familières. Claire m’a fait lire les premiers chapitres et j’ai de suite accroché au style particulier de Richard et à la voix des personnages. J’ai passé un essai de traduction et je n’en menais pas large ; j’étais fébrile, à la fois impressionnée et excitée face à ce texte et la perspective (enfin !) d’un premier contrat de traduction. Heureusement, Asphalte m’a fait confiance et a perçu mon enthousiasme plus que mon angoisse, et je n’aurais pas pu espérer meilleure entrée en matière.

Avec le recul, quelle est la traduction dont tu es le plus fière ?

C’est une question difficile, parce que chaque traduction a été une expérience enrichissante. Asphalte, en particulier, m’a permis de travailler sur des œuvres passionnantes. Si vraiment je ne devais en garder qu’une… Peut-être Breakfast On Pluto, de Patrick McCabe. Parce que c’est un auteur irlandais majeur et trop méconnu en France, et j’étais tombée amoureuse du personnage principal avant d’avoir lu le livre, incarné par Cillian Murphy dans l’adaptation ciné du même nom réalisée par Neil Jordan (collaborateur de longue date de McCabe). Je me rappelle encore la salle de cinéma et mon émotion à la sortie. Le livre a été un vrai défi, parce que McCabe a un style très particulier, très oral, qui joue beaucoup avec les mots. C’est aussi un auteur profondément influencé par son pays, sa culture et son histoire. Il fallait repérer ces références et essayer de rendre l’atmosphère tendue de la période des Troubles, tout en gardant la légèreté de ton adoptée par le personnage principal, ce cher Patrick Pussy Braden. Quand j’ai enfin trouvé sa voix française, la juste dose d’humour et de folie douce, je me suis dit que le livre pourrait fonctionner en français. Mais je suis néanmoins restée vigilante jusqu’aux dernières relectures, parce que c’était très facile de déraper dans la caricature, dans un grotesque vulgaire, Patrick Pussy en faisant toujours des tonnes.

Traduire, c'est écrire, créer ou c'est forcément un peu trahir ?

On rencontre souvent le terme « trahison » quand on parle de traduction, et il me laisse ambivalente. Trahir, c’est tromper la confiance, nuire volontairement, faire défaut à quelque chose ou quelqu’un – quelle vision glorieuse du travail du traducteur ! Mais c’est aussi « se trahir » et donc se manifester, révéler la présence de ce qui était/devait rester caché – montrer qu’on est là en tant que traducteur, que la langue française est pleine de ressources, que le texte est plus riche qu’on ne le croit, etc. C’est pourquoi je préfère parler de traduction en terme de travail d’écriture, et donc de création. Voire de recréation. Quand on traduit, on est auteur de sa traduction – personne d’autre n’aurait pu écrire cette traduction-là. Et c’est un travail de création basé sur le dialogue, ce qui ne semble pas évident au premier abord : on dialogue avec le texte d’origine, on dialogue avec les éditeurs et relecteurs, on dialogue parfois aussi directement avec l’auteur lui-même.

Quel autre livre Asphalte aurais-tu aimé traduire (questions de langues mises à part) ?

Shangrila de Malcolm Knox m’a vraiment marquée, j’ai d’ailleurs prévu de le relire cet été (parfaite lecture estivale !), et j’admire énormément le travail que la traductrice Patricia Barbe-Girault a fait, ne serait-ce que sur la voix atypique du personnage principal. Mais si on met de côté la question de la maîtrise de la langue d’origine (je ne travaille qu’avec l’anglais), je dirais Côté cour, de Leandro Ávalos Blacha. Ce qui est passionnant en traduction, c’est traduire les voix des personnages, et chacun des personnages de ce roman choral s’exprime à sa manière. Les personnalités sont marquées et marquantes chez cet auteur, et c’était déjà ce que j’avais apprécié dans son premier roman. Plus que l’histoire elle-même, voilà ce qui constitue pour moi la richesse de ce livre, ce qui le porte et lui permet d’explorer un terrain de jeu confiné à un unique quartier sans que le lecteur ait l’impression de tourner en rond. C’est aussi ce terrain de jeu restreint qui me plaît particulièrement. La création sous contrainte me parle… Sans doute mon côté traductrice qui ressort !

10janv. 2014

Corps à l'écart est tout juste paru

“La Ville allait pêcher ce qui lui manquait dans sa propre fange, elle prenait conscience de ses besoins en regardant ses déchets et, surtout, cherchait dans ses propres rebuts une nouvelle façon de survivre. Un mélange inattendu de personnes, des vieux, des jeunes, des individus à l’apparence tout à fait normale, se transformaient en fourmis laborieuses, en sourciers à la recherche d’un Eldorado perdu. Et ce lieu d’élimination et de perte semblait l’endroit idéal pour trouver de nouvelles richesses.”

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On vous le disait, on commence la nouvelle année sans attendre, avec la parution le 9 janvier du roman italien Corps à l’écart, de Elisabatta Bucciarelli. C’est la première fois que cette auteure prolixe est publiée en français, et c’est aussi la première fois qu’Asphalte publie une femme (hors anthologies Asphalte Noir, je veux dire !)

Double événement, donc !

Mais ça ne s’arrête pas là. Ce roman, cette fable d’actualité, qui met en scène un groupe de personnages hétéroclites (adultes et adolescents, Italiens et immigrés) vivant dans une décharge du nord de l’Italie, a déjà attiré l’intérêt de la presse.

Hier, jour de sa parution, le roman était chroniqué dans le Cahier Livres de Libération (par Mathieu Lindon que nous remercions ici) et dans Le Monde des Livres (par Paloma Blanchet-Hidalgo que nous remercions également) :

  • “Les personnages sont à l’écart du monde corps et biens, corps et âmes.” Mathieu Lindon, Libération Livres.
  • L’auteur “embarque son lecteur dans les méandres de l’écomafia et donne corps aux plus abjects rebuts pour, du prosaïque, faire jaillir la grâce.”, Paloma Blanchet-Hidalgo, Le Monde des Livres.
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Corps à l’écart (Corpi di scarto)

traduit de l’italien par Sarah Guimault

256 pages - 21 euros

978-2-918767-34-3

Comme d’habitude, playlist et revue de presse sont accessibles depuis la page catalogue du titre.

06mar. 2013

Immeuble en fête = BLOCK PARTY

Richard Milward est le tout premier auteur (avec Mudrooroo) que nous avons publié. Son roman, son premier roman d’ailleurs, c’était Pommes, vision délurée de l’adolescence à Middlesbrough, dans le nord de l’Angleterre, rythmée par les Beatles et l’electro.

Aujourd’hui, Pommes est parti à la conquête de nouveaux lecteurs : le roman a été repris en poche chez Points Seuil dans le cadre de l’opération “Manifeste des Enfants sauvages”. Et chez Asphalte sort demain le deuxième livre de l’auteur : Block party.

Block party, c’est un roman à dix étages, les dix étages de Peach House, la tour HLM où habitent tous les personnages. Il y a Bobbie l’Artiste, sa copine Georgie qui engloutit des tonnes de bonbons, l’hédoniste Ellen toujours à la recherche de diverses jouissances, son copain Johnny le dealer de l’immeuble, les Fletcher qui se sont installés ici suite au licenciement de monsieur, Angelo le bel étalon sicilien, Alan Slow le Salaud dans le rôle du Voisin Glauque… Tous se croisent, vivent ensemble, font la fête, se mettent sur la gueule.

Puis un jour, par une chaîne de causalité qu’on vous laisse découvrir, les toiles de Bobbie sont repérées par une galerie top-branchée de Londres, et cette gloire soudaine troublera l’harmonie régnant (plus ou moins) à Peach House…

Comme Pommes, Block party est un roman très musical, et Richard Milward vous a concocté une playlist du tonnerre, que vous pouvez écouter dès maintenant :

À noter que Richard sera sur Paris la semaine prochaine pour le lancement du roman (nous espérons pouvoir organiser d’autres rencontre ailleurs). Ce sera le mercredi 13 mars au bar “Les pieds sous la table”, 130 rue Saint-Maur, dans le 11e (métro Couronnes, Goncourt et Parmentier), à 19h30. Pour vous donner un avant-goût, voilà ce que donne une lecture de Block party en VO… Rassurez-vous, Audrey Coussy, traductrice de choc, sera là elle aussi pour une lecture en VF !

À très bientôt pour l’agenda des événements Asphalte du printemps.

04mai 2010

L'interview de Richard Milward

À la veille de la sortie de Pommes en France, Richard Milward a accepté de répondre à quelques questions. L’occasion pour vous de faire plus ample connaissance avec ce jeune auteur à la créativité débordante et de rentrer de plain-pied dans l’univers du roman.

milwardÀ la publication de Pommes, les critiques et les journalistes ont été épatés par votre jeunesse : vous n’aviez que 22 ans. Depuis, vous avez écrit un deuxième roman et planchez sur le troisième. Considérez-vous Pommes comme votre œuvre de jeunesse ?

C’est étrange, parce qu’en réalité, Pommes est mon septième roman. J’écris sans arrêt depuis que j’ai douze ans, et je vois plutôt Pommes comme une étape logique de ma progression après les histoires un peu naïves que j’inventais quand j’étais plus jeune. Les romans antérieurs sont bancals parce que j’essayais d’écrire sur des personnages plus vieux que moi. D’une certaine manière, oui, Pommes est ce qu’on peut appeler une œuvre de jeunesse, car c’était la première fois que j’écrivais à propos de choses que j’avais moi-même vécues, au lieu d’utiliser seulement mon imagination. Les souvenirs de mon adolescence, dans tous ses délires et sa fureur, étaient encore frais dans mon esprit, tout comme les émotions bizarres, les sautes d’humeurs. Je ne pense pas que je pourrais écrire à nouveau ce livre de façon aussi authentique, aujourd’hui, à vingt-cinq ans. Je suis fier que ce soit un roman sur l’adolescence, écrit par un adolescent.

La question incontournable, que tous les lecteurs vont se poser : ado, vous étiez un clone d’Adam, une Eve au masculin ou un mix des deux ? À quel point est-ce un roman autobiographique ? Avez-vous dû tester tous ces fruits défendus pour pouvoir mieux en parler ensuite… dans un souci de vraisemblance et de crédibilité ?

À l’époque où j’écrivais le roman, j’étais carrément un mix des deux. Même à présent, j’ai l’impression d’avoir vécu une double vie : Adam et Eve sont comme les deux facettes de cette personnalité dédoublée. Par exemple, quand j’écrivais Pommes, je passais les week-ends à m’éclater à Middlesbrough, à picoler, à m’envoyer des drogues hallucinogènes, à danser comme un idiot… Ensuite, je passais la semaine en reclus, enfermé dans ma chambre, à écrire toutes les histoires que j’avais découvertes pendant le week-end. La première fois que j’ai pris de l’ecsta, j’ai vraiment eu l’impression, comme Eve, que mes yeux « s’ouvraient » à toutes les possibilités de plaisir dans la vie. J’ai découvert cette sorte d’optimisme puéril qu’on retrouve dans la langue de Pommes. Pour être authentique, oui, vraiment, il faut tester ce dont on parle. Mais il n’y a pas de meilleure drogue que la créativité.

Pommes est considéré comme un teen-novel. Certains lecteurs penseront à la série britannique culte Skins, dont la diffusion a commencé l’année de la publication de Pommes et dont l’univers semble avoir un air de famille, peut-être la poésie en moins. Êtes-vous particulièrement attentif à la teen-culture, et aux différentes tendances de la galaxie ado ?

Pas tellement. Avec Pommes, j’écrivais juste sur ce que je voyais à Middlesbrough, et je me fiais à des souvenirs pas trop éloignés du collège et du lycée. J’essaie vraiment de garder une qualité « intemporelle » dans mes écrits, plutôt que me soumettre à des tendances ou des modes qui ne font que passer. Quand j’étais ado, j’étais à fond dans la culture pop contemporaine (la britpop, les soi-disant young british artists[1], etc.) mais maintenant, je préfère m’intéresser au drôle de pays des merveilles que j’ai dans la tête, plutôt qu’à ce que la presse fourre dans la tête des gens.

Recommanderiez-vous la lecture de Pommes aux parents d’ados ? Ne craignez-vous pas qu’ils s’effraient de découvrir un tel univers, avec ses codes, ses préoccupations, son langage ? Sans parler du sexe, de l’alcool et des drogues…

Je ne suis pas sûr que les parents seraient effrayés par le livre : la plupart des jeunes du récit ne manquent ni de chaleur humaine ni de sens de l’humour, ce qui va à l’encontre du cliché de l’ado tourmenté. D’une certaine façon, je voulais que le roman soit un « conte de fée anti-macho », qui se moque du stéréotype des « mâles alpha », ces têtes brûlées au sang chaud qu’on trouve partout dans le monde. Le genre de gars qui s’efforcent de tabasser les mâles plus faibles et de coucher avec les filles, qu’elles le veuillent ou non. Je pense que la plupart des parents savent bien que les ados passent à travers tout un tas de trucs bizarres, tordus, merveilleux durant ces années de formation. Mon roman essaie de condenser toutes les détresses et délices de cette période en 250 pages, sans pour autant imposer une morale aux personnages ou au lecteur. Au final, les jeunes feront ce qu’ils veulent, et beaucoup de parents en sont pleinement conscients.

Pommes semble se passer dans notre société contemporaine. Mais à part le binge drinking, certains éléments de la vie quotidienne des ados semblent manquer à l’appel, comme par exemple les réseaux sociaux sur Internet, le chat… Était-ce intentionnel ?

Oui, je préférais qu’il subsiste une certaine atemporalité concernant les références à la pop culture. J’ai un certain côté luddite[2], au fond : au début, j’écrivais mes romans avec du papier et un crayon, je n’avais recours à la technologie qu’au dernier moment, quand il fallait tout saisir. Je me méfie un peu d’Internet, en particulier de ce fléau que constituent les réseaux sociaux. Des trucs comme Facebook et MySpace me semblent nuisibles car ils s’interposent entre les gens et le monde. Apparemment, de nos jours, pas mal de jeunes préfèrent s’absorber dans ces sites plutôt que sortir de chez eux, alors que les personnages de Pommes s’efforcent au maximum de s’éclater hors de leur foyer. Cela leur cause parfois des ennuis, mais il y a vraiment beaucoup de plaisir à trouver dans le « grand extérieur ».

La structure narrative de Pommes est très travaillée : non linéaire, tout en flash-backs et en échos internes, elle ne semble pas le fruit d’un premier jet spontané. Comment avez-vous travaillé ? Aviez-vous rédigé une sorte de chronologie des événements, ou tout était-il dans votre tête ?

Ah ouais, d’habitude, je dois bien réécrire un roman quatre fois avant d’en être satisfait. Avec Pommes, j’ai commencé par mettre en forme toute la structure de l’histoire, et je gardais les flash-backs bien en tête. Mais quand je m’assois pour écrire, les mots ont tendance à jaillir spontanément, du coup, l’histoire évolue parfois en cours de route. Ce que je préfère dans l’écriture, c’est quand mes personnages réussissent à me surprendre : par exemple, l’un d’eux révèle soudain quelque chose auquel je n’aurais jamais pensé, comme une agressivité larvée, ou un désir envahissant pour un autre personnage. C’est exaltant, de ne pas savoir ce que mon subconscient va encore inventer. Parfois, je me sens comme une baby-sitter, à devoir toujours surveiller mes personnages, ce qu’ils vont encore mijoter par la suite, et m’assurer qu’ils ne bousillent pas complètement mes plans d’intrigue, avec leurs caprices !

La musique est très importante dans Pommes : la house pour Eve, le rock des sixties pour Adam. A-t-elle joué un rôle pour vous pendant l’écriture du roman ? Quel genre de musique écoutez-vous d’habitude ?

Oui, j’écoute toujours de la musique quand j’écris, bien que ce soit toujours à un volume à peine audible (1, pour une chaîne qui va jusqu’à 100) afin de ne pas trop me laisser emporter ou distraire . Parfois, la musique peut aider à faire ressortir un état d’esprit que j’essaie d’exprimer dans une scène… ou juste me relaxer les tympans, quand je sèche sur l’écriture ! Dans la vie de tous les jours, j’écoute un peu de tout : The Fall, Sonic Youth, Pavement, Elliott Smith, etc. La collection de disques d’Adam est assez similaire à la mienne : les Beatles, les Rolling Stones, 13th Floor Elevators, le Velvet Underground… de la musique à la fois expérimentale et accessible. Exactement l’équilibre que j’essaie d’atteindre dans l’écriture.

L’intrigue est très liée à la ville de Middlesbrough, un aspect qui nous a beaucoup plu chez Asphalte, avec notre passion pour la littérature urbaine. Une véritable carte de la ville se dessine au fur et à mesure du livre, avec ses quartiers, ses territoires… Vivez-vous encore à Middlesbrough ? Tous les endroits mentionnés dans le roman sont-ils réels ?

Oui, je vis toujours à Middlesbrough. J’ai vécu quelques années à Londres, pendant mes études d’art, mais je savais que je reviendrais à Middlesbrough. Cette ville a une vraie personnalité, les gens ici sont drôles, chaleureux et un peu fous, ce qui en fait l’endroit idéal pour vivre et pour trouver l’inspiration ! Tous les endroits mentionnés dans Pommes sont réels : globalement, le livre se passe dans les coins que je traversais en allant à la fac à pied. La banlieue de Middlesbrough paraît assez quelconque, mais j’ai voulu y ajouter la couleur, la vitalité qu’on trouve chez ses habitants. La presse britannique a collé à Middlesbrough un cliché de grisaille et de misère, mais en réalité, la ville vibre et résonne d’éclats de rire.

Trois ans après sa première publications, Pommes est toujours sur le devant de la scène en Grande-Bretagne : adaptation théâtrale, bientôt un film…  Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ? Et pouvez-vous nous parler de votre deuxième roman ? Est-il très différent de Pommes ?

Pour la pièce de théâtre, les représentations commenceront en juin 2010. Le texte se présente comme une succession de monologues tirés du roman, donc c’est très fidèle au livre. C’est assez étrange, de voir des scènes de mon passé jouées par des inconnus ! C’est un peu comme regarder un film surréaliste sur sa propre vie, parfois.

En ce qui concerne le film, nous avons reçu une subvention du UK Film Council pour lancer le projet, mais à présent, nous avons à nouveau besoin d’argent pour passer au stade de la production. C’était amusant d’adapter le roman pour l’écran : j’ai écrit le scénario moi-même, en remixant certaines scènes, en ajoutant de nouveaux dialogues… Le script est un peu une version plus fiévreuse, exacerbée du roman, avec le côté onirique, l’humour et l’horreur un cran au-dessus.

En 2009, mon deuxième roman, Ten Storey Love Song, est sorti au Royaume-Uni. Il suit un groupe de personnages vivant dans une tour à Middlesbrough : un artiste qui gagne la reconnaissance d’un marchand d’art londonien, mais qui devient complètement psychotique à force de bouffer des hallucinogènes ; un voyou du coin qui a du mal à satisfaire sa petite amie au lit ; un camionneur raciste qui a une obsession inquiétante pour les gosses de l’école primaire voisine. Comme les chapitres de Claire dans Pommes, Ten Storey Love Song est écrit en un seul paragraphe continu, afin que chaque page reflète la forme de la tour. Beaucoup de thèmes sont communs – sexe et maladresse, drogues, magie du langage – mais comme les personnages sont plus âgés que la bande de Pommes, ils ont des tas de problèmes complètement différents : le chômage, des vies sexuelles complexes et des boulots abrutissants.

__________

[1] Les « jeunes artistes britanniques », groupe d’artistes britanniques contemporains, issus pour la plupart du Goldsmiths College à Londres. Le terme provient d’une série d’expositions à ce nom, organisées à la galerie Saatchi à partir de 1992.
[2] Le luddisme est un courant anti-industriel. Le terme de « luddite » désigne les artisans de la filière textile qui, en 1811-1812, détruisaient les métiers à tisser qui menacent leur activité.

30avr. 2010

La playlist de "Pommes", commentée par Richard Milward lui-même !

Avoir avoir braqué les projecteurs sur Mudrooroo et son chat sauvage, c’est au tour de Richard Milward d’être à l’honneur sur l’Asphalte Café. Lui aussi a composé une playlist spécialement pour l’édition française de son premier roman, Pommes, qui sort chez Asphalte la semaine prochaine. Toutefois, Richard a tenu à commenter ses choix… En effet, la playlist est construite comme le roman : les ambiances s’alternent, les humeurs changent et les contrastes détonnent…


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Whigfield / « Saturday Night »

« J’ai honte de l’admettre mais c’est la toute première cassette que j’ai achetée. Je me rappelle que les filles faisaient de super chorégraphies dessus, aux boums de l’école, et tous les mecs gigotaient désespérément autour d’elles. Le genre de morceau agaçant qu’on adore quand on est gamin. »

The Rolling Stones / « She’s A Rainbow »

« Adam, le protagoniste bourré de TOCs de Pommes, rêve de perdre sa virginité sur ce morceau, mais il a une interprétation somme toute personnelle des paroles de la chanson. »

Laurent Garnier / « Coloured City »

« Eve écoute du Laurent Garnier avec son petit copain, un type plus vieux qu’elle, peu de temps avant de perdre sa virginité. Je me souviens bien de ces “grands” plutôt chanceux qui écoutaient ce genre de musique, quand ils draguaient les filles de 15 ans. »

Elliott Smith / « Independence Day »

« L’un de mes morceaux favoris. Cette chanson a inspiré le chapitre où le narrateur est un jeune papillon bleu. J’aime bien cette idée du papillon innocent qui n’a que quelques jours à vivre, mais qui va tant apprendre sur le monde qui l’entoure en seulement quelques instants. »

The Beatles / « Yer Blues »

« Peut-être le morceau le plus noir de tous les albums des Beatles, “Yer Blues”parle du suicide, de la haine de soi, mais c’est le genre de chanson qu’on peut reprendre en chœur. La bande-son de la période cafardeuse d’Adam. »

Percy Sledge / « When a Man Loves a Woman »

NdE. Ici, nous sommes dans l’obligation de garder confidentiel le commentaire de l’auteur, sinon une part importante de l’intrigue vous serait dévoilée.

The Fall / « Industrial Estate »

« Même si c’est de Manchester que Mark E. Smith se plaint dans cette chanson, celle-ci semble bien décrire aussi le paysage et le style de vie de certains, à Middlesbrough. Middlesbrough est l’un des coins le plus industrialisé d’Europe de l’Ouest. »

Energy 52 / « Café del Mar »

« Vers la fin du livre, Eve et ses copines vont à Majorque pour aller s’attaquer aux beaux mâles made in Spain. Quand je suis allé là-bas, à peu près au même âge (15 ans), je me souviens avoir dansé au Pacha sur des classiques de la Balearic House comme celui-ci. De la musique qui sent la sueur. »

 Jefferson Airplane / « Somebody to Love »

« Vers la fin du livre, Adam mûrit : d’un branleur qui reste cloîtré dans sa chambre, il devient un jeune homme sensible. Non seulement il cherche quelqu’un à aimer,comme le dit la chanson, mais il cherche à apprendre comment s’aimer lui-même, par la même occasion. »

 The Beatles / « All You Need is Love »

« Quand je me suis mis à l’ecsta, ce morceau semblait illustrer parfaitement tout ce qu’on a alors ressenti, mes potes et moi. Pommes est plutôt sombre par moments, mais je voulais que l’histoire ait pour fil rouge un optimisme à toute épreuve, qu’on retrouve surtout dans le personnage d’Eve et, plus tard, chez Adam. »

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