Asphalte Café - Le blog d'Asphalte Éditions

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21mai 2010

Des petits papiers...

La semaine passée fut forte en émotion, comme  vous vous en doutez : adrénaline des premières parutions, premier office pour Asphalte avec tous les bugs qui vont avec, mais aussi et surtout toutes les joies.

Se balader et tomber sur un chat sauvage au détour d’une petite échoppe, trouver une pile de pommes sur une énorme table d’une tout aussi énorme librairie. En rester bouche bée.

Recevoir des petits mots sympathique de libraires qui ont lu les livres et qui les ont appréciés. Qui nous encouragent à continuer de la sorte. Et qui ont écouté les playlists pour accompagner leur lecture.

Lire le cœur battant les articles de journalistes et bloggeurs. Se rendre compte que c’est élogieux et que c’est d’Asphalte qu’ils parlent.

En vrac, et pour vous faire découvrir peut-être des blogs et sites que vous ne connaissez pas, quelques articles qui nous ont été consacrés :

  • Comme un acte de naissance : un article de Christophe Dupuis dans Page des libraires et un article de Marie Kock dans Livres hebdo.
  • Une libraire enthousiaste, Aurélien Janssens, de Page et Plume à Limoges, parle de nous sur son blog après s’être plongée dans Chat sauvage.
  • Pour Maxime Gillio, dans Pommes, “oublié le paradis perdu”.
  • Quant à Chat sauvage : “un drôle de roman qui file à toute vitesse” pour Gilles Marchand sur le site k-libre, avec “un langage oral, troué de pertinences presque poétiques”, selon Sébastien Gendron, dans son Petit Laboratoire de Potentialités Globales.

Voilà pour le petit tour d’horizon. À venir, des récap de la presse de chaque titre dans les fiches catalogue du site.

Sinon, au programme des jours prochains : présentation de la rentrée littéraire Asphalte devant les libraires, présentation du programme octobre-novembre (oui, oui, vous avez bien lu) devant les représentants, sans compter la sortie de Paris Noir qui pointe le bout de son nez bicolore le 3 juin…

27avr. 2010

Quelques mots sur Mudrooroo...

Vous vous êtes probablement demandé qui était cet écrivain au nom étrange qui figure à notre programme de lancement… Chat sauvage en chute libre sortant dans une semaine jour pour jour, c’est le moment idéal pour vous parler un peu de son auteur, histoire de vous mettre l’eau à la bouche. En effet, la vie de Mudrooroo, elle aussi, est un vrai roman…

mudroorooNé en 1938 dans l’état de Western Australia, sous le nom de Colin Johnson, Mudrooroo est un écrivain célèbre en Australie. C’est aussi une personnalité aux multiples facettes, parfois controversée, à l’existence mouvementée.

Il grandit à Beverley, non loin de Perth ; son enfance tumultueuse ne tarde pas à le mener en foyer d’accueil, en maison de correction, puis, une fois adolescent, à la prison de Freemantle. Décidant alors de changer de vie, il part pour Melbourne où il cherche à s’intégrer aux milieux bohèmes majoritairement blancs. Il place quelques épisodes de son passé de délinquant juvénile dans son premier roman Wildcat Falling (Chat sauvage en chute libre, donc), publié en 1965.

La décennie 1970 est placée sous le signe du voyage : notre auteur part pour l’Asie du Sud Est, Londres, l’Inde (où il reste sept ans et se convertit au bouddhisme), et enfin la Californie et le Canada.

À son retour en Australie au début des années 1980, il entre en contact avec des auteurs et militants aborigènes. C’est à cette époque qu’il écrit le roman historique Doctor Wooreddy’s Prescription for Enduring the Ending of the World, relatant l’arrivée des Blancs en Tasmanie. Il adopte en 1988 le pseudonyme de Mudrooroo, enseigne au Koori Kollej à des élèves aborigènes et fonde, avec les dramaturges aborigènes Jack Davis et Marlene Chesson, l’AWOLDA (Aboriginal Writers, Oral Literature and Dramatists’ Association). Si l’association permet l’entrée de l’écriture aborigène dans plusieurs universités australiennes, l’expérience reste décevante et l’AWOLDA éphémère.

Dans son essai Us Mob, paru en 1995, Mudrooroo résume son approche de la question aborigène sans occulter cette déception. Cela crée des remous au sein du mouvement aborigène et on demande au romancier de “prouver” ses origines, ce à quoi il répond : “Je n’ai jamais connu mon père et je doute parfois de ma mère. Alors voyez-moi comme un corniaud et oubliez les étiquettes.” Des recherches généalogiques menées par sa sœur, Betty Johnson, indiquent que Mudrooroo serait en réalité d’ascendance irlandaise et afro-américaine, mais cette controverse irrite l’auteur qui se retire alors dans le Queensland.

Sa carrière littéraire ne s’arrête pas pour autant : il publie Master of the Ghost Dreaming (Le Maître du rêve-fantôme, publié en France aux éditions de l’Aube et traduit là encore par Christian Séruzier), The Kwinkan, puis il décide finalement de quitter à nouveau l’Australie et part pour l’Inde. Il renoue avec le bouddhisme et rencontre le dalaï-lama à Dharamsala, puis s’installe définitivement au Népal, où il vit avec son épouse Sangita et son fils Saman.

Mudrooroo travaille actuellement à une autobiographie. Celle-ci, on l’imagine, ne rendra pas le personnage moins mystérieux : quelles que soient ses origines, plus éternel nomade qu’Australien, le personnage de Mudrooroo échappe à toutes les classifications…

23avr. 2010

Chat sauvage : la playlist

Dans la rue de nouveau. Je traîne devant un disquaire d’où jaillit un air que je connais bien… Trouble in mind, I’m blue… Un batteur solitaire frappe le rythme lent de la mort derrière les paroles. Un saxo désespéré laisse échapper des plaintes qui n’en finissent pas. Notes bleues issues du chagrin du peuple noir, accablé de problèmes. La voix d’une Noire entre deux âges modulant dans mon cœur… Trouble in mind

Chat sauvage en chute libre est un de ces livres à strates. C’est un roman sur la contre-culture dans l’Australie des années 1960 ; c’est un roman sur l’itinéraire d’un délinquant à sa sortie de prison, sur la quête de rédemption qu’il s’interdit mais à laquelle il aspire ; c’est un roman politique sur l’assimilation forcée des Aborigènes et sur ses conséquences désastreuses, génération après génération…

Mais c’est aussi un roman sur la musique, l’amour de la musique ; l’amour du rythme, des sons et de la mélodie. Il se prêtait donc tout à fait à l’élaboration d’une playlist, que vous retrouverez sur le rabat de couverture de l’ouvrage… et qui nous sert aujourd’hui de bande-son, au comptoir de l’Asphalte Café. Mudrooroo l’a composée rien que pour nous, ce dont nous ne sommes pas peu fières, et j’aime autant vous dire que ça swingue dans les locaux grâce à lui.

Par la vitrine illuminée du milk-bar, je reconnais ces lieux familiers qui semblent me lancer un joyeux « bienvenue chez toi ! ». Cet établissement est depuis toujours le repaire de ma bande de bodgies et de widgies. Ils sont tous là, les antisociaux, les désaxés, les délinquants, tous unis dans la même défiance de la normalité. Le juke-box, boîte de métal, de lumière et de verre, est au centre de toute l’attention, dieu compact révéré et nourri par des jeunes sans attaches désireux d’emplir le vide de leurs existences par des histoires d’amour illusoires. La machine m’adresse un clin d’œil sarcastique et m’envoie une salve de rock’n’roll en guise d’accueil.

Une playlist du vendredi un peu spéciale aujourd’hui, donc… et comme disaient d’autres Australiens qui aimaient le blues : let there be rock.