Après Antonia García Castro, c'est à Patricia Barbe-Girault de répondre aux questions d'Asphalte. La voix française de Nathan Larson et Malcolm Knox a également traduit des nouvelles de Los Angeles Noir et de Haïti Noir...

   

     

Pourquoi avoir choisi la traduction ? D'où vient cet amour de la langue, des langues ?

Comme beaucoup de gens, j’imagine, j’ai appris l’anglais car je voulais comprendre ce que racontaient les chanteurs que j’écoutais en boucle dans ma chambre d’adolescente. Il y a quelque chose de fascinant à maîtriser une langue, à communiquer autrement que dans celle qu’on a toujours connue. Cela ouvre des perspectives infinies. J’ai fait des rencontres extraordinaires, que je n’aurais jamais faites sans l’anglais. Par la suite la traduction m’a apporté autre chose, j’ai un sens plus aiguisé des mots aujourd’hui, un vrai dictionnaire de synonymes dans la tête. Sans compter toutes les choses fantastiques et totalement inutiles que j’ai apprises, comme les records du monde de Wonder Lover, par exemple… Ça m’aide, parfois, quand je joue à Trivial Pursuit !

Quelle a été ta toute première traduction ? Comment l'as-tu décrochée ?

Il s’agissait d’un roman noir gallois, exactement dans la lignée de ce que fait Asphalte (un protagoniste drogué, paumé, alcoolo, à qui il arrive des tas de mésaventures), et je l’ai traduit pour feu L’Esprit des Péninsules, que dirigeait Eric Naulleau à l’époque. J’ai eu la chance que l’illustre Jean Guiloineau (traducteur entre autres de Salman Rushdie et André Brink) me mette en contact avec lui quand il a su que le projet cherchait preneur. Je lui en suis éternellement reconnaissante.

Avec le recul, quelle est la traduction dont tu es le plus fière ?

Même sans recul, je dirais sans hésitation Shangrila. Je n’ai jamais eu de projet aussi ardu, ni aussi enrichissant et gratifiant que celui-là. Je suis fière du travail accompli, fière de tous ces retours merveilleux que l’on me fait encore sur mon travail, et je sais que ce roman, qui m’a longtemps habitée, m’a aussi fait grandir.
Le bonus : je suis calée en surf, maintenant.

Traduire, c'est écrire, créer ou c'est forcément un peu trahir ?

Je dirais un peu des trois, selon les projets. Écrire sans aucun doute, la traduction m’a permis d’assouvir les fantasmes de romancière que je pouvais avoir dans ma jeunesse. C’est parfois créer, comme pour Shangrila, où il a fallu donner vie à tout un univers, afin de rendre l’oralité unique de ce texte de la meilleure façon possible. Et trahir, oui, malheureusement, quand on ne réussit pas à bien rendre un jeu de mots, ou qu’on est obligé de changer de blague sous peine qu’elle tombe à plat. Mais ces trahisons sont compensées par les fulgurances qu’on peut avoir à d’autres moments. Enfin, c’est ce que j’aime à croire !

Quel autre livre Asphalte aurais-tu aimé traduire (questions de langues mises à part) ?

Ça, c’est une super question. Je dirais sans doute L’Employé, de Saccomanno, pour l’ambiance fin du monde, toujours aussi attirante. C’est ce qui m’a donné envie de lire la trilogie Dewey Decimal au départ, et de la proposer à Asphalte ensuite.
Ou alors Block Party, de Richard Milward, pour le défi de traduction, avec ce rythme insensé à rendre.