Dans un monde idéal, l’éditeur façonne son programme selon son envie une fois sa maison créée. Tel livre pour le mois de lancement, couplé à tel autre, pour diversifier les plaisirs, les genres et les univers. Oui mais voilà, élaborer son programme de lancement n’est pas si simple. L’éditeur se retrouve bien vite confronté à plusieurs enjeux tous aussi cruciaux les uns que les autres. 
Le dilemme de la visibilité d’abord. Combien de livres sortir pour commencer ? Trois ou quatre, afin d’être suffisamment présents en librairie, afin qu’on parle de nous… Un « gros » lancement est tentant. En même temps, qui dit petite maison dit peu de moyens humains. Nous nous refusons à sortir des livres bâclés et voulons consacrer à chacun le temps nécessaire. Il s’agit d’être à la hauteur des standards de qualité éditoriale que nous nous sommes fixés, mais aussi d’assurer à chacun de nos ouvrages de la presse, des événements, etc. 
Autre interrogation : comment répartir les différents types d’ouvrages ? Nous vous disions qu’Asphalte allait publier des romans, des essais et des anthologies. On pourrait naïvement penser qu’un panaché de tout cela tous les deux ou trois mois serait du meilleur effet. Montrer à chaque fois l’étendue de notre palette… Il n’en est rien. Ce panaché, en librairie, serait réparti dans deux ou trois rayons différents : un livre en littérature générale (étrangère ou française), un autre en essais/sciences humaines, et hop, l’anthologie parmi les polars. Niveau visibilité, on peut mieux faire.
Et je n’ai même pas encore parlé de la saisonnalité : on n’achète pas de livres de la même façon tout au long de l’année. Quel est le meilleur mois pour la littérature noire ? Faut-il éviter la rentrée littéraire ou surfer sur cette vague ? Quid de la « petite rentrée » de janvier, et est-il pertinent de sortir un livre en été ? Autant de questions que l’éditeur doit se poser. 
Telles sont les pièces de puzzle que les éditeurs ont en main. À chacun de les agencer le mieux possible en essayant de n’en faire tomber aucune au passage. Et, au bout, arriver à quelque chose de cohérent avec soi et avec les contraintes données. 
 
Image Hosted by ImageShack.us
Et puis, chez Asphalte, il y a une petite contrainte supplémentaire : il faut aussi qu’on pense à l’enchaînement de nos escales : Australie, Paris, Inde… Mais aussi Argentine, Angleterre, Thaïlande… Mais aussi Italie, Berlin, L.A… 
Bref, de longues discussions et une armée de décisions à prendre pour de beaux voyages en perspective.