“Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.”
Nicolas Bouvier, L’Usage du Monde
Vous connaissez désormais notre credo : littérature urbaine, contre-culture et… voyage. Et peut-être vous demandez-vous ce que nous entendons par ce troisième ingrédient. Guides de voyages ? Souvenirs de voyages, carnets, mémoires de baroudeurs ?
C’est que la littérature de voyage a une longue histoire. Au Livre des merveilles de Marco Polo ont succédé les récits d’explorateurs du Grand Siècle. À la fin du XIXe siècle, une littérature de voyage “journalistique” a émergé, puis les errances des écrivains-voyageurs du XXe siècle. Place à la littérature de voyage du XXIe siècle, à présent… mais est-il encore possible de voyager dans un village mondial qui semble se rétrécir jour après jour…
La notion même de voyage n’a cessé d’évoluer au fil des siècles, au fur et à mesure du raccourcissement des temps de transport. Partir à l’autre bout du monde était une expédition, c’est désormais l’affaire d’une journée de vol. Peut-on amputer un voyage de son trajet, qui constituait auparavant son essentiel ?
Cette forme de déplacement, presque instantané, a donné naissance à une nouvelle façon de voyager. Ce ne sont plus des trajectoires que l’on trace sur des cartes, mais des pointillés, qui dessinent parfois d’étranges motifs selon nos affinités, nos moyens aussi.
Les séjours proprement dits se raccourcissent, se diversifient ; les destinations se font urbaines. Fini, les voyages stendhaliens en Italie ; à nous Venise, Rome, Naples. On ne part plus en Angleterre, on va à Londres, à Manchester, à Exeter.
Il ne s’agit pas de déplorer ou de glorifier cette nouvelle donne, qui d’ailleurs n’a rien de généralisé - pour ma part, je chéris encore les longs trajets en train et je passe plus volontiers dix heures dans un compartiment qu’une heure et demi dans une carlingue.
Mais nos façons de voyager changeront encore, et ce dans un avenir très proche. La littérature de voyage ne disparaîtra pas pour autant, et quelque chose de passionnant va se produire avec elle, progressivement, au fil du temps.

Comment voyez-vous cette nouvelle littérature du voyage, du nomadisme ? Quelles seraient vos attentes en tant que lecteur, comment lisez-vous la littérature de voyage existante ? Mise en bouche en préparant un voyage réel, livre à emporter sur place pour une immersion à la fois physique et littéraire ? Ou bien l’opportunité de voyager dans son fauteuil, d’aller visiter des paysages et des villes où l’on n’imaginerait pas pouvoir se rendre ?
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